Théâtralisation et mise en scène, humain et urbain : voilà deux couples de termes qui caractérisent le travail de Françoise Peslherbe. De manière schématique, on pourrait dire que Françoise Peslherbe tient un discours. D’ailleurs, cette dernière n’hésite pas à affirmer qu’« à ses yeux, le poids des mots est aussi important que l’image elle-même. »

A défaut d’être engagé, le travail de Françoise Peslherbe prend position. Une position d’observation pour commencer, une observation attentive qui plonge ses racines dans une expérience assez ancienne de reportage. Observer, regarder, traquer, dans le but de comprendre ce qui nous entoure, de découvrir des sens cachés, des détails à peine visibles, dans l’espoir de voir ce qu’on ne voit pas, ou de voir au-delà. Cette observation soigneuse se double d’une collecte colossale : ce qui a été vu, perçu, est obstinément consigné à travers des milliers de clichés. Vient alors le temps de la réflexion et des interrogations pour l’artiste, qui cherche quoi faire de toute cette matière accumulée, quel sens lui donner, quel concepts en retirer, qu’elle pourra ensuite traduire en mots et en images pour le partager avec le spectateur. Autant que de mise en scène, il s’agit là d’écriture. Les œuvres de Françoise Peslherbe ne doivent rien au hasard, elles sont soigneusement écrites, méticuleusement composées, et interprétées par des acteurs qui, malgré la très grande liberté d’expression corporelle qui leur est laissée, sont cadrés : dans son théâtre, qu’on pourrait qualifier de social, de politique ou de sociétal, les éléments qui composent la scène sont soumis à l’intention de l’auteur, ils sont là pour porter un message précis, une idée distincte.. Le travail prend alors position dans ce qu’il transmet au spectateur, qui n’est jamais identique à la simple observation évoquée plus haut mais est devenu entretemps le discours de l’artiste.

Pour créer ses histoires en images, Françoise Peslherbe recourt à ce qu’elle appelle son « laboratoire numérique ». Même lorsque la composition s’est effectuée lors de la prise de vue, avec une scène pensée à l’avance et jouée devant l’objectif par les jeunes en joggings et capuches avec lesquels elle travaille en ateliers, c’est par l’outil informatique qu’elle imprime sa marque si distinctive à l’image finale, ne serait-ce que par l’utilisation caractéristique du noir et blanc pour l’environnement et de la couleur pour les personnages représentés. Dans la majorité des cas, le « laboratoire numérique » de Françoise Peslherbe sert à créer des images à partir de clichés différents, selon les techniques éprouvées depuis longtemps du collage et du photomontage, mais avec une précision et une méticulosité dans la réalisation qui font parfois douter le spectateur de la véracité de la scène qu’il regarde. L’important est ailleurs : qu’il s’agisse d’une mise en scène photographiée ou d’une scène reconstituée a posteriori numériquement, Françoise Peslherbe donne à voir des choses qui n’existaient pas sans elle, elle fabrique des images-histoires qui questionnent le rapport de l’homme avec son environnement, elle construit de toutes pièces des figurations subjectives qui portent des interrogations et des messages collectifs.
Texte Georges Dumas

« Françoise Peslherbe pratique le photomontage avec un humour corrosif et dévastateur, ce qui n’exclut pas des pages d’attendrissement et de sentimentalisme. Elle observe ses semblables et leur environnement, saisit des expressions, des éclairages, des détails invisibles du plus grand nombre, les détourne et leur donne un tout autre sens. Chacune de ses compositions est un fragment d’une étude sociétale qui remet en cause les habitudes et la façon d’appréhender notre quotidien. Chez Françoise Peslherbe, les structures impersonnelles en béton, la signalisation routière, le mobilier urbain deviennent éléments d’un monde irrationnel dans lequel des personnages colorés jouent une partition imprévue, se prêtent à des jeux apparemment futiles, mais avec l’application et le sérieux propres aux grands projets. Ils apportent une touche acidulée, inattendue et décalée, à la grisaille ambiante, entrouvrant ainsi la porte vers d’autres façons de regarder notre environnement.
Louis Doucet, collectionneur et critique d’art